La « corvée » d'ensilage est un rare survivant des activités collectives du monde rural. Dans un paysage où le bâtit traditionnel d'une ferme nous porte à croire qu'elle se suffit à elle-même (boulangerie, poulailler, porcherie, granges…), à l'instar des régions où se pratiquent les fruitières collectives, les fours à pains municipaux ou les prairies communes, ces travaux d'automne de Basse Normandie évoquent la nécessaire solidarité.
La gestion du territoire du Sud Manche, ces dernières décennies, a permis pour un temps le maintient d'une économie familiale des vergers et des pommes. L'orientation de l'agriculture, moins intensive qu'en Bretagne, pour un même paysage de départ, permet d'envisager le développement d'une activité cidricole à l’image du bocage normand.
Les petites exploitations s'appuient sur les savoir faire traditionnels en matière de culture de pommiers et de fabrication du cidre. La photographie du LaboMylette soulignent les différents aspects saisonniers ainsi que les ramifications culturelles qui les accompagnent :fabrication des paniers en châtaignier, pilaison individuelle, ramassage en famille, activité du plateau où les petites productions convergent en automne…) Ce panorama en construction intègre le patrimoine traditionnel dans une activité qui s'ouvre aux techniques de la vinification. Elle donne à voir les rapports populaires entre arts, sciences et techniques.
Le Labomylette tire des portraits en double file Gaël Louesdon, Transrural initiatives n°330, 27 mars 2007
Depuis trois ans, dans le bocage bas normand, un groupe d'artistes sillonne campagnes et quartiers populaires, pour y photographier la vie quotidienne. L'exposition de leurs clichés dans les rues génère un lien social inattendu.
45 ans, un mètre soixante dix, un œil vif et perçant, un large sourire permanent rejoignant deux oreilles bouclées. Stéphane Janou a un air de flibustier, qu'on imagine volontiers crevant l'écran d'un vieux film en noir et blanc. Il n'a rien pourtant d'un guerrier. Mais peut-être d’un aventurier. Ancien " prof de sciences nat' " dans la Manche, un jour, il a " basculé dans la photo ", sa passion.
Avec une bande copains (musicien, écrivain, graphiste…), il développe une démarche artistique fondée sur la recherche photographique, " sans idée (précise) a priori ", ni intention sociale ou politique particulière. Juste un geste artistique. Oui, mais voilà, à force de photographier les mobylettes, un de ses sujets fétiches, d'en développer les clichés dans son labo, le jeu de mots a pris la forme d'une démarche de " développement ", d'un projet politique à part entière.
" La rue fonctionne comme une planche contact "
Mais, eux ne parlent pas de démarche politique, pas en public en tout cas : " On est invité sur un morceau de territoire. On fait des clichés, avec ou sans sujet [a priori], et on les expose au fur et à mesure dans les vitrines, dans les rues. Et ça fait causer. La rue fonctionne comme une planche contact [1]… " Celle-ci est sa métaphore. Car la rue réunit, synthétise, dans un seul espace immédiatement accessible, une mosaïque d’instantanés du quotidien, le vécu des gens ordinaires - le charcutier, la coiffeuse, l'industrie, les voisins du quartier, une campagne d'ensilage... Les photos stoppent ces vécus filants, les extirpent de leur anonymat pour les rendre proprement extra ordinaires. Ils font irruption dans le paysage, acquérant le statut d'objet public et politique malgré eux, le temps d'une exposition. Et les langues se délient dans Landerneau …
" Ca marche parce que ce sont les gens qui font l'ambiance d'un Labomylette. Ils se piquent au jeu, et au bout d'un moment c'est eux qui deviennent maîtres d'œuvre du projet". Jusqu'à s'emparer de l'événement, lui donner une orientation artistique, sociale ou politique que l'artiste maîtrise alors de moins en moins. " Les gens se voient, se reconnaissent, veulent parfois être absolument photographiés, ou tiennent à ce que certaines choses, des voisins, des situations, soient également photographiés (…) La photo joue alors un rôle de médiateur", elle provoque l'échange. Stéphane Janou ne s'attendait pas à cela : " je ne m'étais pas rendu compte de ce que je faisais en montant le projet… ", avoue-t-il.
Dans le sillage du passage du Labomylette à Vire naît une association de quartier. Suite au projet photographique, les langues des riverains se sont déliées, des revendications se sont exprimées sur le cadre de vie, le voisinage, des envies pour et autour du quartier, etc. Toutes choses que des batteries de dispositifs ou programmes dits de développement local ne parviennent que difficilement à faire. Ces effets inattendus " rendent inquiètes les institutions. Débordées, elles ne savent pas quoi faire de cela ".
Le travail artistique de Stéphane Janou réussit ainsi un petit tour de force en matière d'animation territoriale. L'un des atouts de la démarche est sa durée : " un Labomylette c'est 4 ans de travail, à raison d'un mois de présence sur le terrain par an. ". Une association, une collectivité, une entreprise peuvent faire appel au Labomylette, seule la liberté artistique de l'artiste est non négociable.
Le succès normand du Labomylette fait des petits. Des propositions sont à l'étude pour des expériences en Roumanie et au Moyen Orient. Mais le bocage restera encore le terrain (de jeu ?) privilégié de l'homme au regard malicieux pour qui " l'art sert à occuper l'esprit ". Il y a repéré une quantité " d'artistes du quotidien ", qu’il projette de réunir dans un répertoire local, un annuaire des " créateux du bocage ". Alors, qui sait, peut-être un jour, " cette petite mamie qui, pour elle, seule dans son jardin, fait des fontaines avec des boites de plastique… ", ira-t-elle un jour tirer la manche de Stéphane pour qu'il vienne photographier son " p'tit coin d'paradis " et en accrocher la photo quelque part au milieu de la « grand rue ».
(Crédits photos : Stéphane Janou)
Gaël Louesdon, Transrural initiatives n°330, 27 mars 2007.
[1] Procédé visant à tirer toutes les photos, au format des négatifs, sur une seule feuille
Le carnet du photographe Trad magazine, N°116 novembre/décembre 2007
Mardi 29 Aout 2006,
Sur les routes encore, Yvon de la Loure au volant, moi à la place du photographe.
Faudra que je pense à l’immortaliser dans cette position. Derrière son volant, il m’informe de la personne que nous allons visiter ce matin…
Vire /Saint-Sever, -Julien a joué de l’accordéon dans sa jeunesse-
Direction Sept Frères, –C’était la référence du canton -
A droite avant la voie de chemin de fer… - un instrument dans le coffre de la voiture-
Les habitations se ressemblent toutes...
Rien d’exaltant. Un lotissement aux abords du bourg. Je me sens maussade tout d’un coup.
Hors de la voiture, les portes clanchées, je réalise une fois de plus la gageure de la collecte: l’espace qui nous sépare de la première parole avec nos ôtes se prête à toutes les interprétations possibles : Seul derrière la portière j’imagine que je serai pris pour un démarcheur. A deux, nos sacoches sur l’épaule, je crois bien que la version témoins de Jéhovah sera la plus appropriée vu de derrière le rideau…
Manque le cartable.
Quand la porte s’ouvre, le protocole éprouvé d’Yvon se met en route. Je le laisse faire : il explique qui on est, ce qu’on vient chercher, avec le sourire, il est recommandé par un autre habitant du canton… Nos états civils se déclinent quelques minutes encore et on nous laisse entrer. La porte…l’étape la plus difficile est franchie. Derrière c’est toujours un bonus à saisir, si on peut.
normand, un groupe d'artistes sillonne campagnes et quartiers populaires, pour y photographier la vie quotidienne. L'exposition de leurs clichés dans les rues génère un lien social inattendu.
Dans cette maison au murs bien droits, d’une messe basse, je suggère la cuisine : plus animée généralement, moins stricte que le salon. Là où les gens accueillent au premier abord quand ils ont à faire. Un coup d’œil de biais à la lumière de la petite pièce, je calcule : une fois assis il sera trop tard pour déplacer tout ce joli monde facilement. J’indique discrètement à Yvon les emplacements souhaités pour chacun. La complicité fonctionne. Julien se trouve à la lisière du rideau, près de la fenêtre. L’atmosphère est en place, je suis soulagé. L’animateur
des noces est face à moi.
L’appareil photo est posé bien en évidence sur la table en même temps qu’ Yvon déballe son enregistreur et ses carnets. Il prend sa place dans l’ordinaire de la collecte sans que cela surprenne, malgré son volume. Les cafés mêleront plus tard soucoupe, tasses et pierres de sucre à ce joli bazar.
Face à Julien, mes doutes s’évanouissent vite… très à l’aise, derrière une réserve des premiers instants, il se prête enjoué aux exercices de mémoire suggérés par Yvon. « Derrière chez moi...savez vous quoi ?… » ….
Savez vous devant quoi vos bras s’écartent, sur quoi vos doigt respirent ? Les touches de l’accordéon vendu quelques années auparavant semblent s’émouvoir sous les mains ouvertes de julien. Je me retiens de courir en allant chercher celui que nous avons amené.
L’instrument en main, les doigts empruntent les chemins de la mémoire… Julien est concentré sur son jeu, Yvon ne se préoccupe déjà plus de moi et la femme de Julien redécouvre son musicien de mari après l’avoir aidée à enfiler le diatonique presque neuf. La cuisine, hors du temps, s’ouvre en terrains de jeux réciproques. Les uns enquêtent, les autres cherchent la note, les autres enfin recouvrent des saveurs d’antan. Tout se mélange. Je cherche les habitudes encore fragiles, les instants d’hésitation, les regards complices entre Julien et son épouse, entre Julien et Yvon. Mais je reviens sans cesse vers cet homme : figé devant lui, l’appareil ne quitte plus ma pupille. Julien, absorbé dans l’instant, remplit ma carte mémoire.
Cet homme est bon vivant.
S.Janou.
« Chanteurs et musiciens du bocage, carnets de terrains »
Dans le cadre du mois de la photographie à Vire
34 planches 60X90 ; textes de Yvon Davy, photographies de Stéphane Janou
Le Beny-Bocage, maison des services, du 7 au 28 Mars 2008.
Et aussi
A Nelly et Sonja du Réseau Pollen pour leur accompagnement soutenu
Pascal B inventeur du nom labomylette,
Olivier C pour ses éclairages philosophiques
A Stéphane D pour les devernissages en musique
…
Vous avez apprécié les photographies contenues dans le site.
Elles sont disponibles sur commande à stephane_janou@hotmail.com.
Suivant la galerie, les photographies sont disponibles en impression numérique ou en tirage argentique.
Tarifs des retirages :
Impression numérique :
Format A4 (21X 29,7cm): 20,00€
Format A3 (42 X 29,7cm) : 25,00€
Format affiche (60 X 80cm) : 35,00€
Tirage argentique :
Format 24cm X 30cm : 30,00€
Format 30cm X40cm : 50,00€
Avis, Le LaboMylette recherche un écrivain. D'ici ou d'ailleurs. Qui s'inspire des mots deshabitants, pour construire son récit. Une écriture qui envisage une intersection avec la photographie et qui expose ses essais et h"sitations à la façon d'une planche contact.
Pays du granite, granit du pays
Archives photographiques du centre de patrimoine, St Michel de Montjoie (50) 1998/99 Symposium de sculpture sur granit, La chapelle Urée 50, 2002.
30 tirages argentiques 30X40.
Surface / Profondeur
Lire un paysage. Récit géologique des Iles de la Madeleine, Québec. Exposition didactique composée de 18 tirages argentiques, en attente de mots. Mine Seleine. Centre d'interprétation de la mine, Grosse Ile, Iles de la madeleine QC, 2001 Exposition permanente de 10 clichés « profondeurs »
ObjectiFestival
Communication du Conseil Général de la Manche.Exposition grands formats. 40 Tirages argentiques numérisés. 2003/04. 100X150 sur bâches pour exposition d'extérieur.
Chanteurs et Musiciens du Bocage
Documentaire sur la collecte ethno-musicale. La Loure - Novembre 2006 VIRE 34 planches textes et photographies 60X90. Comment rendre visible et palpable un patrimoine par essence immatériel, celui des chansons et des musiques. C'est à ce défi qu'a voulu répondre l'association la loure qui travaille au quotidien à collecter et valoriser les répertoires de musiques traditionnelles en Normandie.
L'idée était là, la rencontre avec Stéphane Janou a fait le reste. La cohabitation du photographe et du collecteur Yvon Davy, a duré du mois de février au mois d'octobre 2006, au travers d'une opération de collecte en bocage virois. Expérience féconde dans laquelle les regards de l'un et de l'autre se sont confrontés et enrichis.
L'exposition constitue une sorte de carnet de terrain, reprenant les impressions et les notes prises sur le vif comme les réflexions à posteriori. Elle donne à voir et à comprendre ce qu'est la collecte et montre qu'il subsiste toute une mémoire qui ne demande qu'à être recueillie et réappropriée. Elle retrace, enfin, la chaleur de chacune des ces rencontres et l'expérience inégalée de l'échange entre générations.
www.laloure.org Articles: Le carnet du photographe
Territoires
Plus de photos à venir
Le labomylette
le « LaboMylette » est une manifestation photographique itinérante qui s'installe sur invitation dans nos paysages. Il révèle le quotidien de notre voisinage et emprunte les vitrines des commerces ou les murs d'un quartier pour exposer nos talents anonymes en noir et blanc. Progressivement, le bourg d'un village se couvre d'une histoire locale en grands formats qui invite tout un chacun à alimenter l'exposition en construction. Chaque passage s'achève par un « dévernissage » : un instant festif et convivial, qui rassemblent les habitants en musique. Le plus souvent dans la rue. Une fête de village, de quartier ou de canton, où l'exposition nouvellement achevée se défait. Un moment où les images sont restituées aux habitants ayant acceptés de se prêter au jeu. Sans vernis.
Avis, Le LaboMylette recherche un écrivain. D'ici ou d'ailleurs. Qui s'inspire des mots des habitants, pour construire son récit. Une écriture qui envisage une intersection avec la photographie et qui expose ses essais et hésitations à la façon d'une planche contact.
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